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La réputation, talon d’Achille de la Coupe du monde de football

Matthew Healey

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La réputation, talon d’Achille de la Coupe du monde de football

À mesure que la Coupe du monde avance et entre dans sa phase décisive, l’engouement sportif retrouve naturellement de la vigueur, notamment autour des équipes encore en lice comme les Bleus. Mais cette dynamique peine à masquer une réalité plus profonde : rarement une compétition de cette ampleur aura été accompagnée d’autant de controverses. Depuis le coup d’envoi, les polémiques continuent de rythmer l’actualité presque autant que les résultats sportifs. Les critiques visant la FIFA ne se sont pas dissipées avec les premiers matchs mais se sont au contraire accumulées au fil des semaines. Longtemps, le football a suffi à faire oublier les controverses une fois le tournoi lancé. Cette fois, le spectacle sur le terrain ne parvient plus totalement à éclipser les questions qui entourent son organisation. Que s’est-il passé ?  

Plusieurs explications s’avancent. Certains évoquent un calendrier devenu démesuré, qui enchaîne les compétitions et laisse de moins en moins de répit aux joueurs comme aux fans. D’autres pointent du doigt les fuseaux horaires. Pourtant, les horaires atypiques n’ont jamais découragé les passionnés de foot de suivre un tournoi. Le problème semble donc plus profond, et il porte l’empreinte de la FIFA. 

Ce n’est pas la première fois que l’instance dirigeante du football mondial traverse une crise de réputation. Son ancien président, Sepp Blatter, a quitté ses fonctions en disgrâce en 2015. Les coupes du monde organisées en Russie puis au Qatar avaient suscité des années de polémique. Mais, à chaque fois, la passion du jeu avait fini par reprendre le dessus. Beaucoup retiendront avant tout la victoire de Lionel Messi au Qatar, bien davantage que les polémiques autour de l’organisation du tournoi. Cette fois, la situation paraît différente avec des polémiques qui s’accumulent presque quotidiennement. Les problèmes sont trop nombreux, trop visibles et, surtout, trop souvent provoqués par la FIFA elle-même pour que le traditionnel retour à la normale puisse fonctionner. 

La politique tarifaire illustre parfaitement cette dérive. Assister à l’intégralité du parcours d’une équipe, de la phase de groupes jusqu’à la finale, représenterait une dépense comprise entre 10 000 et 35 000 dollars. Même Donald Trump a déclaré qu’il ne serait pas prêt à payer une telle somme, une remarque pour le moins embarrassante de la part du président du pays hôte. Lorsque les images de tribunes clairsemées ont circulé malgré les chiffres officiels de fréquentation, la FIFA a dû expliquer que les spectateurs étaient bien présents, mais qu’ils se trouvaient dans les couloirs plutôt qu’à leur siège. 

En revanche, un constat s’impose : malgré une amélioration des affluences depuis le début de la compétition, plusieurs rencontres continuent de se jouer dans des stades loin d’être pleins. Les images de tribunes clairsemées ont durablement marqué les premières semaines du tournoi et nourri les interrogations sur l’attractivité de cette nouvelle formule. À cela s’ajoute, chez de nombreux fans, le sentiment que l’événement est pensé avant tout comme un produit de divertissement, où les impératifs commerciaux prennent parfois le pas sur l’expérience des fans. 

À cela s’est également ajouté la polémique sur l’interdiction d’amener des bouteilles d’eau dans les gradins. La mesure a été si mal reçue que le premier ministre britannique Keir Starmer l’a publiquement qualifiée d’« injuste », dénonçant une décision dont la motivation commerciale paraissait évidente. Face aux critiques, la FIFA a finalement fait marche arrière, mais le mal était déjà fait. 

La controverse s’est poursuivie avec les pauses fraîcheur obligatoires. Présentées comme une mesure destinée à protéger les joueurs de la chaleur, elles sont également imposées dans des stades climatisés dont le toit est fermé. Beaucoup y voient avant tout un moyen d’offrir aux diffuseurs des coupures publicitaires supplémentaires. Une évolution qui touche directement à l’une des particularités du football : un jeu presque sans interruption, dont le rythme constitue une part essentielle du spectacle. 

Et même maintenant que le tournoi est bien entamé, la FIFA continue d’alimenter les critiques. Après son match nul inaugural contre la Nouvelle-Zélande, la sélection iranienne a reçu l’ordre de quitter immédiatement les États-Unis. L’équipe, qui s’entraînait au Mexique, a dû composer avec le refus de visa de plusieurs membres essentiels de son encadrement. Son capitaine a décrit la situation comme désastreuse. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, s’est rendu dans le vestiaire pour apporter son soutien, mais son intervention n’a guère contribué à calmer l’indignation. 

Dans un autre registre, un officiel de l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR), accusé d’avoir effectué un geste associé à des mouvements suprémacistes blancs, a été blanchi par la commission disciplinaire de la FIFA. Quelle que soit la conclusion de l’enquête, le fait que celle-ci soit menée et jugée en interne n’a pas rassuré grand monde. 

Lancée une semaine avant le début du tournoi, la campagne Reboot FIFA lancée par l’association FairSquare, ambitionne désormais de générer le plus grand nombre de plaintes jamais adressées à l’organisation. Qu’elle atteigne ou non cet objectif, elle traduit un sentiment qui gagne du terrain depuis des années auprès d’une partie du public mondial. 

Ce que révèle cette accumulation de buts contre son camp en matière de réputation, c’est qu’une réputation laissée sans gestion finit toujours par se retourner contre une organisation. Les difficultés actuelles ne sont pas le résultat d’une seule mauvaise décision ni d’une seule mauvaise semaine. Elles sont l’aboutissement de décisions répétées où les considérations économiques ont progressivement pris le pas sur la confiance, avec la conviction que la passion du football finirait toujours par l’emporter. Une réputation s’érode lentement jusqu’au moment où le public cesse de lui accorder le bénéfice du doute.  

La leçon vaut pour toutes les organisations. La réputation ne se gère pas uniquement lorsque la crise éclate. Elle se construit (ou se dégrade) bien avant, décision après décision. L’erreur de la FIFA n’a pas été l’interdiction des bouteilles d’eau, la politique tarifaire des billets ou les promesses non tenues. Tout cela n’était que la manifestation visible d’un problème plus profond. La véritable erreur a été d’avoir longtemps considéré que sa réputation était inépuisable. Un pari qu’aucune organisation ne peut faire durablement. 

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